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Géographie et dialectes

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end innu

L'innu est une langue de la famille algonquienne. Les langues algonquiennes appartiennent à la famille algique qui comporte deux branches : les langues algonquiennes et les langues ritwan. La branche ritwan comprend deux langues de Californie, le wiyot et le yurok. La première est éteinte, alors que la seconde n’a plus que quelques locuteurs. Les langues algonquiennes, de leur côté, comprennent deux sous-groupes : la branche de l’Est et le groupe du Centre. Trois autres langues des Plaines complètent l’inventaire.

La branche de l’Est comprenait plusieurs langues, dont certaines sont éteintes

aujourd’hui. Les plus connues sont :

  • le micmac, parlé en Gaspésie, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, et à l’Île-du-Prince-Edward;
  • le malécite-passamaquoddy parlé par les Malécites du Nouveau-Brunswick et les Passamaquoddy du Maine; 
  • l’abénaki de l’Est, aussi connu sous le nom de Penobscot, est aujourd’hui éteint;
  • l’abénaki de l’Ouest est en voie de disparition à Odanak; 

Le groupe des langues algonquiennes du Centre est géographiquement très étendu. Il comprend :

  • le shawnee (aujourd’hui parlé en Oklahoma);
  • le fox (‘renard’) aussi appelé mesquakie (parlé en Iowa, en Oklahoma, et au Kansas);
  • le kickapoo est relié étroitement au fox; il est parlé en Oklahoma, au Kansas et à Coahuila au Mexique;
  • le miami et l’illinois sont deux dialectes de la même langue, aujourd’hui éteinte. Elle était parlée dans un territoire qui recouvre plusieurs états, dont l’Indiana et l’Illinois;
  • le potawatomi est encore parlé dans divers états du Mid-Ouest américain (le Wisconsin, le Kansas, l’Indiana, le Michigan) et en Oklahoma;
  • l’ojibwé, aussi connu sous le nom de (a)nishinabemwin, constitue un vaste ensemble dialectal parlé par plusieurs dizaines de milliers de personnes au Canada et aux États-Unis. Il est parlé au Québec par les Algonquins, en Ontario par les Odawa, jusqu’au Michigan, au Wisconsin, au Minnesota et plus au nord, dans le sud du Manitoba et de la Saskatchewan, où on le désigne sous le nom de saulteux
  • enfin, les dialectes du cri s’étendent du Labrador jusqu’aux Rocheuses (Alberta) et couvrent ainsi tout le nord du Québec, de l’Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta.

Les langues du groupe des Plaines sont au nombre de trois : l’arapaho, le cheyenne et le blackfoot (pied-noir). Ce regroupement est disparate, car ces trois langues sont aussi éloignées l’une de l’autre qu’elles le sont des autres langues algonquiennes.

  • le cheyenne est parlé au Montana et en Oklahoma;
  • l’arapaho est parlé au Wyoming, et en Oklahoma;
  • le blackfoot est parlé en Alberta et au Montana

L’innu et les autres dialectes du cri

l’innu fait partie de la branche centrale des langues algonquiennes et elle appartient à un grand complexe dialectal (une suite de dialectes) que l’on regroupe sous le nom de cri et qui s’étend du Labrador jusqu’en Alberta: 

On distingue les divers dialectes selon la façon dont le son /l/ y est prononcé et selon que le dialecte ait subi ce que l'on appelle la "palatalisation":

On utilise le son /l/ du proto-algonquien pour distinguer les divers dialectes du cri entre eux. Il se trouve que ce /l/ est aujourd’hui prononcé variablement /l/, /n/, /y/, /r/, ou

/θ/ (comme le th de l’anglais), selon les divers dialectes. On dira donc qu’il existe des dialectes en /l/, des dialectes en /n/, des dialectes en /r/, des dialectes en /y/ et des dialectes en /θ/. Ainsi, dans le pronom niǹ ‘moi’, le ǹ final correspond au l protoalgonquien.

Ce pronom sera donc prononcé différemment selon les dialectes :

nil (ou la) dans les dialectes en l, nin (ou na) dans les dialectes en n,

y (ou ya) dans les dialectes en y,

ra dans les dialectes en r, et,

θa dans les dialectes en θ.

Comme ces correspondances sont généralement très systématiques, on peut généralement prédire à quoi correspondra un mot comportant le son l dans les autres dialectes.

  • à l’extrême ouest, le cri des Plaines est un dialecte en y; plus à l’est, dans le nord de la Saskatchewan et du Manitoba, le cri des Bois est un dialecte en θ; plus à l’est, au Manitoba et sur le pourtour de la Baie d’Hudson en Ontario, le cri des Marais est un dialecte en n; 
  • adjacent au cri des Marais en Ontario, au fond de la Baie de James, le cri de Moose est un dialecte en l; au Québec, les dialectes cris sont des dialectes en y; plus au sud, en Haute-Mauricie, les parlers atikamekw sont des dialectes en r; le naskapi occupe la portion à l’est du cri du Québec et au nord de l’aire innue. On distingue le naskapi de l’Ouest et celui de l’Est. Les deux sont des dialectes en n;
  • selon la même logique, les dialectes de l’innu se divisent en deux zones dialectales : les dialectes de l’Ouest sont en /l/ (Pessamit, Mashteuiatsh) et les autres (parfois désignés sous le nom de « dialectes de l’Est ») sont en /n/ (Sept-Iles, Matimekush, Ekuantshit, LaRomaine, Pakuat-Shipu,Sheshatshiu).

La "palatalisation":

Au Québec, les dialectes cris, innu (montagnais) et naskapis, à l’exception de l’atikamekw, ont tous subi un changement historique important : le son k change à tsh devant les voyelles i (longue ou brève, y compris le phonème /y/) et e. Ce changement important permet de distinguer les dialectes cri-innu-naskapi du Québec de ceux de l’Ontario et de l’Ouest canadien. On dira des premiers qu’ils sont les dialectes « palatalisés » et les autres « non-palatalisés ».

On prononcera donc le pronom de 2 e personne :

INNU: tsh

NASKAPI: tshin

CRI DU QUÉBEC : tshîy

ATIKAMEKW : kîra

CRI DE MOOSE : kîla

CRI DES MARAIS : kîna

CRI DES BOIS : kîθa

CRI DES PLAINES : kîya

Pour plus d'information consultez La grammaire de la langue innue de Lynn Drapeau (sous presse). Québec. Presses de l'Université du Québec.